On sait les mésanges douées de certaines capacités d'innovation, surtout lorsqu'il s'agit de trouver quelque chose à "becter"! En témoigne, l'exemple bien connu de mésanges capables d'enlever les capsules de bouteilles de lait pour en manger la crème, dans le sud de l'Angleterre.
Un groupe de chercheurs Allemands et Hongrois, a récemment rapporté, un comportement alimentaire, encore plus surprenant, chez certaines mésanges charbonnières (Parus Major).
Dans un article paru en 2010, dans la très sérieuse revue Biology Letters, Péter Estok et son équipe décrivent un phénomène, que l'on pourrait qualifier de véritable "chasse au vampire", mené par une bande organisée de mésanges, non loin de la contrée d'origine de Dracula.
Après trois années d'observation hivernale d'une grotte du nord-est de la Hongrie, les chercheurs rapportent les faits suivants: des mésanges entraient dans la grotte, volaient lentement à proximité des parois et disparaissaient pendant quelques secondes dans des anfractuosités rocheuses. Les chercheurs les ont ensuite vu attaquer des pipistrelles (petites chauves-souris, en pleine hibernation à cette époque de l'année) à coup de bec, les sortir de la grotte -toujours en utilisant leur bec- et se nourrir de leur tête, de leur abdomen et des muscles du dos.
En apportant d'abondantes quantités de graines de tournesol et de bacon aux mésanges prédatrices, les chercheurs ont constaté une nette diminution de ces attaques. Un résultat qui laisse penser que, la chasse aux chauve-souris est bien menée par les mésanges, dans le but de se nourrir.
Lorsqu'elles sont dérangées, les pipistrelles émergent parfois de leur hibernation et émettent de petits cris. En enregistrant ces cris, et en les repassant dans une expérience de "playback", les chercheurs ont montré que les mésanges utilisaient, en parti, cet indice sonore, pour localiser leur proies. En effet, lors du "playback", la plupart des mésanges s'orientaient et s'approchaient des enceintes cachées, émettant les faux cris de chauve-souris.
Cette étude vient conforter l'hypothèse selon laquelle, les espèces de passereaux non-migratrices, comme les mésanges charbonnières, auraient développé des capacités cognitives spéciales, telles que l'innovation, pour se nourrir et survivre pendant l'hiver.
Mais l'histoire ne s'arrête pas là. En effet, il semblerait que la Grande Noctule (la plus grande chauve-souris d'Europe) vienne, en quelque sorte, "venger" sa petite cousine hongroise. Dans une étude de 2007, Popa-Lisseanu et collaborateurs montrent que, dans le Sud de l'Espagne, cette espèce de chauves-souris se nourrirait de passereaux, durant les grandes migrations nocturnes de l'automne et du printemps.
La guerre est déclarée entre créatures ailées!
Pour des vidéos et des images terrifiantes:
http://rsbl.royalsocietypublishing.org/content/6/1/59/suppl/DC1
Estók, P., Zsebok, S. & Siemers, B.M., 2010. Great tits search for, capture, kill and eat hibernating bats. Biology letters, 6, p.59–62.
Popa-Lisseanu AG, Delgado-Huertas A, Forero MG, Rodrıguez A, Arlettaz R, et al (2007) Bats’ Conquest of a Formidable Foraging Niche: The Myriads of Nocturnally Migrating Songbirds. PLoS ONE 2(2): e205. doi:10.1371/journal.pone.0000205

