La Patience
« Le génie n’est qu’une plus grande aptitude à la
patience » pensait la naturaliste Français Buffon au 18éme siècle.
L’agriculture, par exemple, est le fruit de la patience. Au lieu de consommer
directement une poignée de blé, on la sème pour en récolter des kilos 6 mois plus
tard. Cette capacité à attendre, dans l’espoir où la prévision de bénéfices,
nous distinguerait-elle des animaux, vivant dans l’instantanéité ?
On étudie la patience grâce à une tâche de gratification
différée. Le sujet a le choix entre une gourmandise de suite ou deux plus
tard. La patience est estimée par le temps maximal durant lequel le sujet peut
attendre, sans manger la première récompense, dans l'espoir d'obtenir la seconde, deux fois
plus copieuse. A ce jeu, rats, pigeons, singes du nouveau et de l’ancien monde
ne tiennent pas plus de quelques secondes. L’homme, en ayant développé un système symbolique d’échange: la monnaie, serait-il le seul, capable d’attendre des heures, voire des mois, pour un bénéfice plus important ?
En 2007, Rosati et al. publient une étude, comparant
directement des chimpanzés, des bonobos et des hommes, semblant indiquer que
la réponse à cette question est non.
Les bonobos attendent plus d’une minute pour obtenir trois
grappes de raisins au lieu d'une et les chimpanzés attendent jusqu’à deux minutes
dans la même situation, dépassant de loin tout ce qui avait pu être observé
chez d’autres espèces, en utilisant ce protocole. Mais, plus surprenant encore,
testés dans des conditions similaires, les chimpanzés sont plus patients que les
hommes. Lorsqu'on laisse le choix aux deux primates entre l'une de leur
sucrerie préférée de suite, ou trois, deux minutes plus tard, les chimpanzés vont
choisir d’attendre dans 72% des cas contre seulement 20% pour les hommes.
Dans certaines conditions, les animaux sont donc aussi
capables de self-contrôle et réussissent même mieux a contenir leur impulsivité
que l’être humain. Les chimpanzés ne sont pas les seuls capables d’une telle
patience, deux espèces de corvidés, la corneille noire et le grand corbeau, sont
capables d’attendre jusqu’à 5 minutes pour échanger un morceau de nourriture basique
contre un met plus succulent (Dufour et al 2011).
La patience est aussi nécessaire pour prévoir ou planifier; nous verrons dans un autre essai sur la capacité à se projeter dans le futur, comment geai et chimpanzé sont capables d’attendre des jours, voire des mois pour utiliser leurs réserves.
La patience est aussi nécessaire pour prévoir ou planifier; nous verrons dans un autre essai sur la capacité à se projeter dans le futur, comment geai et chimpanzé sont capables d’attendre des jours, voire des mois pour utiliser leurs réserves.