samedi 9 février 2013

Innovation - Les mésanges tueuses ... de chauves-souris!


On sait les mésanges douées de certaines capacités d'innovation, surtout lorsqu'il s'agit de trouver quelque chose à "becter"! En témoigne, l'exemple bien connu de mésanges capables d'enlever les capsules de bouteilles de lait pour en manger la crème, dans le sud de l'Angleterre. 
Un groupe de chercheurs Allemands et Hongrois, a récemment rapporté, un comportement alimentaire, encore plus surprenant, chez certaines mésanges charbonnières (Parus Major). 

 photo Denis Cauchoix


Dans un article paru en 2010, dans la très sérieuse revue Biology Letters, Péter Estok et son équipe décrivent un phénomène, que l'on pourrait qualifier de véritable "chasse au vampire", mené par une bande organisée de mésanges, non loin de la contrée d'origine de Dracula.

Après trois années d'observation hivernale d'une grotte du nord-est de la Hongrie, les chercheurs rapportent les faits suivants: des mésanges entraient dans la grotte, volaient lentement à proximité des parois et disparaissaient pendant quelques secondes dans des anfractuosités rocheuses. Les chercheurs les ont ensuite vu attaquer des pipistrelles (petites chauves-souris, en pleine hibernation à cette époque de l'année) à coup de bec, les sortir de la grotte -toujours en utilisant leur bec- et se nourrir de leur tête, de leur abdomen et des muscles du dos.

En apportant d'abondantes quantités de graines de tournesol et de bacon aux mésanges prédatrices, les chercheurs ont constaté une nette diminution de ces attaques. Un résultat qui laisse penser que, la chasse aux chauve-souris est bien menée par les mésanges, dans le but de se nourrir.

Lorsqu'elles sont dérangées, les pipistrelles émergent parfois de leur hibernation et émettent de petits cris. En enregistrant ces cris, et en les repassant dans une expérience de "playback", les chercheurs ont montré que les mésanges utilisaient, en parti, cet indice sonore, pour localiser leur proies. En effet, lors du "playback", la plupart des mésanges s'orientaient et s'approchaient des enceintes cachées, émettant les faux cris de chauve-souris.

Cette étude vient conforter l'hypothèse selon laquelle, les espèces de passereaux non-migratrices, comme les mésanges charbonnières, auraient développé des capacités cognitives spéciales, telles que l'innovation, pour se nourrir et survivre pendant l'hiver.

Mais l'histoire ne s'arrête pas là. En effet, il semblerait que la Grande Noctule (la plus grande chauve-souris d'Europe) vienne, en quelque sorte, "venger" sa petite cousine hongroise.  Dans une étude de 2007, Popa-Lisseanu et collaborateurs montrent que, dans le Sud de l'Espagne, cette espèce de chauves-souris se nourrirait de passereaux, durant les grandes migrations nocturnes de l'automne et du printemps. 

La guerre est déclarée entre créatures ailées!

Pour des vidéos et des images terrifiantes: 
http://rsbl.royalsocietypublishing.org/content/6/1/59/suppl/DC1

Estók, P., Zsebok, S. & Siemers, B.M., 2010. Great tits search for, capture, kill and eat hibernating bats. Biology letters, 6, p.59–62.
Popa-Lisseanu AG, Delgado-Huertas A, Forero MG, Rodrıguez A, Arlettaz R, et al (2007) Bats’ Conquest of a Formidable Foraging Niche: The Myriads of Nocturnally Migrating Songbirds. PLoS ONE 2(2): e205. doi:10.1371/journal.pone.0000205

mercredi 6 février 2013

Socialité - Pour résoudre un nouveau problème: chez les mésanges, l'union fait la force !


Quelle est l'intérêt de vivre en groupe? 
La réduction du risque de prédation est une cause bien connue du regroupement d'individus. Lors d'une attaque inattendue, plus on est nombreux, et moins on a de chance de se faire attraper. Une étude, menée par Julie Morand-Ferron et John Quinn en 2011, démontre, un autre avantage de la vie en groupe dans la nature: le partage des compétences cognitives.

 photo Denis Cauchoix

Durant la saison hivernale, Mésanges bleues et Mésanges charbonnières vivent en groupes mixtes. Les deux chercheurs d'Oxford se sont posés la question suivante: Est ce que le regroupement hivernal des mésanges pourrait leur servir à mutualiser leurs capacités cognitives, pour résoudre de nouveaux problèmes? 
Pour tester ce qu'ils appellent, l'hypothèse du "pool" de compétence, les chercheurs ont mit en place une mangeoire un peu spéciale. Cette machine diabolique, délivre son précieux butin de graines de tournesol, lorsque deux leviers sont tirés par les mésanges, successivement.  Ces mangeoires sont ensuite placées dans la célèbre forêt de Wytham, proche d'Oxford.
Après 7 jours de test, les chercheurs constatent qu'effectivement, la fréquence et l'efficacité avec laquelle les mésanges résolvent le problème, augmente avec la taille du groupe présent autour de la mangeoire. Cet effet, quoique plus fort lorsqu'au moins un individu expérimenté est présent dans le groupe, persiste, même si tous les individus sont naïfs (i.e. n'ont encore jamais été confronté à ce type de mangeoires . Etre dans un grand groupe, permet aussi à chaque individu, d'obtenir plus de graines. Par contre la capacité à résoudre le problème est nettement amoindrie, et ce, quelque soit la taille du groupe, lorsque la mangeoire est placée dans un endroit à fort risque de prédation.
Ces résultats novateurs démontrent ainsi, que la capacité à innover dans la nature est augmentée par la vie en groupe, mais, est aussi modulée par des facteurs écologiques, telles que le risque de prédation.


Morand-Ferron, J. & Quinn, J.L., 2011. Larger groups of passerines are more efficient problem solvers
in the wild. Proceedings of the National Academy of Sciences of the United States of America, 
108(38), pp.15898–903.

mercredi 30 janvier 2013

Essai: La patience


La Patience 
« Le génie n’est qu’une plus grande aptitude à la patience » pensait la naturaliste Français Buffon au 18éme siècle. L’agriculture, par exemple, est le fruit de la patience. Au lieu de consommer directement une poignée de blé, on la sème pour en récolter des kilos 6 mois plus tard. Cette capacité à attendre, dans l’espoir où la prévision de bénéfices, nous distinguerait-elle des animaux, vivant dans l’instantanéité ?

On étudie la patience grâce à une tâche de gratification différée. Le sujet a le choix entre une gourmandise de suite ou deux plus tard. La patience est estimée par le temps maximal durant lequel le sujet peut attendre, sans manger la première récompense, dans l'espoir d'obtenir la seconde, deux fois plus copieuse. A ce jeu, rats, pigeons, singes du nouveau et de l’ancien monde ne tiennent pas plus de quelques secondes. L’homme, en ayant développé un système symbolique d’échange: la monnaie, serait-il le seul, capable d’attendre des heures, voire des mois, pour un bénéfice plus important ?

En 2007, Rosati et al. publient une étude, comparant directement des chimpanzés, des bonobos et des hommes, semblant indiquer que la réponse à cette question est non.

Les bonobos attendent plus d’une minute pour obtenir trois grappes de raisins au lieu d'une et les chimpanzés attendent jusqu’à deux minutes dans la même situation, dépassant de loin tout ce qui avait pu être observé chez d’autres espèces, en utilisant ce protocole. Mais, plus surprenant encore, testés dans des conditions similaires, les chimpanzés sont plus patients que les hommes. Lorsqu'on laisse le choix aux deux primates entre l'une de leur sucrerie préférée de suite, ou trois, deux minutes plus tard, les chimpanzés vont choisir d’attendre dans 72% des cas contre seulement 20% pour les hommes.

Dans certaines conditions, les animaux sont donc aussi capables de self-contrôle et réussissent même mieux a contenir leur impulsivité que l’être humain. Les chimpanzés ne sont pas les seuls capables d’une telle patience, deux espèces de corvidés, la corneille noire et le grand corbeau, sont capables d’attendre jusqu’à 5 minutes pour échanger un morceau de nourriture basique contre un met plus succulent (Dufour et al 2011). 

La patience est aussi nécessaire pour prévoir ou planifier;  nous verrons dans un autre essai sur la capacité à se projeter dans le futur, comment geai et chimpanzé sont capables d’attendre des jours, voire des mois pour utiliser leurs réserves. 

Une vision scientifique moderne de l'animal


L’homme se définit par rapport à l’animal. Depuis toujours, on aime à se distinguer du reste du vivant en définissant telle ou telle propriété qui nous est propre et dont les animaux sont dépourvus. Néanmoins avec le développement d’une réelle science du comportement animal et le regain d’intérêt pour la pensée animale des deux siècles passés, bon nombre de ces, soit disant, propres de l’homme sont tombés sous les coups d’expériences et d’observation rondement menées. J’ai cependant l’impression que cette formidable accumulation de faits et d’évidences scientifiques n’est pas encore bien connu du grand public. Empreint par des millénaires de croyances et de lieux communs, l’opinion publique voit encore la distance entre l’animal et l’homme bien plus grande que celle actuellement estimé par la science. En 2013, quelle est la vision scientifique moderne qu’il faut avoir de l’animal ? Et par conséquent que reste-t-il comme propres de l’homme ? Pour le savoir suivez mon blog !

Message de bienvenue!


Bonjour à tous et bienvenue sur notre blog!
Ce site a été créé pour pouvoir partager avec vous nos "pensées animales" concernant deux domaines scientifiques qui nous passionnent: la cognition animale et la cognition évolutive.
La cognition animale s'applique à décrire les diverses formes de cognition, d'intelligence ou de pensée existant dans le règne animal (homme inclus). 
La cognition évolutive cherche, elle, à comprendre les mécanismes évolutifs responsables des diverses formes de cognition actuelle. 

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Maxime et Gladys